Marie filait la laine et voyait défiler les jours.

Jess  (abréviation familiale ) avait appris sans rechigner à tout faire comme sa mère : ramasser le bois, nettoyer le foyer, tisser et coudre les étoffes.

Néanmoins, Marie avait observé que l’enfant accomplissait ces tâches soigneusement mais sans faire montre d’un quelconque intérêt.

Au puits, lieu de rencontre des femmes, Jess écoutait attentivement les bavardages et sur le chemin du retour, commentait et analysait avec justesse les propos entendus.

    Pendant ce temps, l’Ange tergiversait …

Marie avait de plus en plus l’impression que “ là-haut ” il n’y avait pas de plan B.

Elle avait fait de son mieux pour élever Jess dans la loi juive, lui expliquant les règles alimentaires, les aliments qu’il ne fallait pas manger ou mélanger, les lois sur la pureté rituelle.

Jess se confrontait parfois avec Joseph dans des joutes verbales où elle parlait de Sarah, de Loth, de Rébecca, des “oubliées” selon elle.

    En retrait, l’Ange comptait les points …

Ce peuple élu était composé quand même pour moitié de femmes, s’ingéniait-elle à dire en rajoutant que “ dans l’humanité, la supériorité est accordée non au sexe qui engendre mais à celui qui tue ”. ( Simone de Beauvoir se prévaudra par la suite de la paternité de ces mots )

Depuis quelque temps, Marie la voyait souvent trainer avec une bande de filles. Peu de papotages, peu de marivaudages, plutôt la quête d’une affirmation féminine où toutes donnaient l’impression de voir en Jess une sorte d’icône messianique.

   Inquiet, l’Ange commençait à perdre des plumes …

 

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