Paroles du tipi

22 novembre 2016

JESSICA (4)

Jess n’avait rien su de lui, seulement qu’ il était beau, qu’ il sentait bon le sable chaud, son légionnaire.

Il l’avait aimé toute la nuit.

Il lui avait montré ce tatouage sur son cœur “Hic homo” ( Ici personne ).

Son ventre à elle s’était arrondi et ses vergetures avaient rougi de honte.

Et pas le moindre bruissement d’une aile d’ange qui aurait justifié tout cela.

Finies les promenades au puits et les sorties avec les copines.

Joseph avait du jouer le vieux géniteur surpris par la grossesse de sa femme.

A l’extérieur, il s’était montré préoccupé par la santé de Marie, et avait remercié Dieu ( un mensonge de plus ou de moins ! ) de lui avoir donné une fille pour la soulager.

Quand la parturiente avait donné naissance à un garçon, ce n’était pas un ange, mais un archange qui s’était manifesté.

Là-haut, “On” avait repris la main et avec quelques petits arrangements, le scénario allait reprendre.

Allez hop, une bande d’apôtres dont un traitre ( pour le suspense ), quelques scènes de rue miraculeuses ( effets spéciaux ), une prostituée et un final au Golgotha.

La publication d’un livre était déjà programmée, et la fabrication de tous les produits dérivés était engagée.

Croix de bois, croix de pierre, si ça ne marche pas j’aurais besoin de vos prières.

 

golgotha

 

 

 

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01 novembre 2016

JESSICA (3)

Il devait faire quelque chose.

D’une part, il y avait la “ petite “ ( attachement familial ! ) qui commençait à poser des problèmes et d’autre part on avait l’Ange qui dépérissait à chaque mission de reconnaissance.

Il était timide c’était vrai, mais malgré ses troubles du langage et sa peur des hommes, j’avais pensé qu’il pourrait mener à bien sa mission auprès de Marie.

Qu’avait-il dit ou bredouillé  ?

Qu’avait-elle compris ?

Egalement, je n’aurais pas du confier le choix de l’embryon à l’Ange.

Lui, voyait la beauté de l’âme dans le devenir et peut lui importait l’enveloppe qui la portait.

Sur le fond, il avait raison, mais sur la forme, on était dans la m….

Alors, comment faire avec tous ces barbus qui n’aimaient pas les prophètes ( alors les prophétesses !… ) ou attendaient un Roi ( pas une Reine ) qui chasserait les païens.

Comment composer avec tous ces docteurs de la Loi méticuleux, scrupuleux qui bénissaient Dieu de ne les avoir fait ni païens ni femmes ni ignorants.

Et plus important, il y avait la Croix, l’épilogue de toute l’histoire, le symbole absolu qui perdurerait des siècles et des siècles ( amen ).

Mais là, juré, on allait droit à la lapidation.

Quelle allégorie pourrait-on tirer d’un corps disloqué à moitié couvert de pierres au fond d’un ravin ?

 

 

zen

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18 octobre 2016

JESSICA (2)

Marie filait la laine et voyait défiler les jours.

Jess  (abréviation familiale ) avait appris sans rechigner à tout faire comme sa mère : ramasser le bois, nettoyer le foyer, tisser et coudre les étoffes.

Néanmoins, Marie avait observé que l’enfant accomplissait ces tâches soigneusement mais sans faire montre d’un quelconque intérêt.

Au puits, lieu de rencontre des femmes, Jess écoutait attentivement les bavardages et sur le chemin du retour, commentait et analysait avec justesse les propos entendus.

    Pendant ce temps, l’Ange tergiversait …

Marie avait de plus en plus l’impression que “ là-haut ” il n’y avait pas de plan B.

Elle avait fait de son mieux pour élever Jess dans la loi juive, lui expliquant les règles alimentaires, les aliments qu’il ne fallait pas manger ou mélanger, les lois sur la pureté rituelle.

Jess se confrontait parfois avec Joseph dans des joutes verbales où elle parlait de Sarah, de Loth, de Rébecca, des “oubliées” selon elle.

    En retrait, l’Ange comptait les points …

Ce peuple élu était composé quand même pour moitié de femmes, s’ingéniait-elle à dire en rajoutant que “ dans l’humanité, la supériorité est accordée non au sexe qui engendre mais à celui qui tue ”. ( Simone de Beauvoir se prévaudra par la suite de la paternité de ces mots )

Depuis quelque temps, Marie la voyait souvent trainer avec une bande de filles. Peu de papotages, peu de marivaudages, plutôt la quête d’une affirmation féminine où toutes donnaient l’impression de voir en Jess une sorte d’icône messianique.

   Inquiet, l’Ange commençait à perdre des plumes …

 

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16 octobre 2016

JESSICA (1)

Et Marie enfanta une fille…

Joseph était embarrassé, sa fiancée, enceinte par la vertu du Saint-Esprit, aurait du concevoir un garçon qu’il devait appeler Jésus.

Avait-il mal compris l’ange ?

Garçon ou fille, était-ce important pour la suite ?

Quel nom lui donner ?

Se souvenant que Marie avait déjà brodé des “J” un peu sur tout, il se décida pour “Jessica”.

En plus, il avait lu quelque part que :

Jessica ne laisse personne indifférent. Son charme naturel est une arme qu'elle n'hésite pas à employer. Son charisme lui rend la vie plus facile et elle sera souvent bien entourée. Pourtant, il est compliqué de pénétrer l'univers intime de Jessica. Derrière son assurance de façade, un cœur sensible attend d'être découvert. Si vous y parvenez, vous gagnerez une complice et une amie des plus fidèles. Avec ses proches, Jessica tombe le masque et devient plus naturelle.

… intéressant pour lui trouver un mari quand elle atteindrait 12 ans.

Marie, elle, culpabilisait d’avoir tout fait foiré. Cela avait commencé par la grossesse imposée à Joseph et se finissait par la déception de ne pas avoir mis au monde un garçon.

Heureusement, l’ Ange était revenu et lui avait dit que là haut, en pointant l’index vers le ciel, “On” réfléchissait à un nouveau scénario.

L’ autre point positif était que la fuite en Egypte n’était plus nécessaire puisqu'on ne recherchait pas une fille.

 

enfant jesus

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